Auteur : Joseph

Il existe au moins trois possibilités pour expliquer cette appellation « Montmartre ». L’une d’elles serait liée à l’évêque Saint-Denis qui fût décapité et marcha pendant 6 000 pas avant de s’écrouler ; il était arrivé sur le lieu où a été édifiée la basilique cathédrale de Saint-Denis. Notre guide nous fait découvrir des lieux ignorés et plein du charme du Montmartre ancien sur les traces de célébrités dans des rues chargées de souvenirs.

Découvrez l’article complet dans la revue n° 52.

Le Funiculaire

Le funiculaire permet de gravir les 108 m de la butte à partir de la place Saint-Pierre (altitude 81 m) pour accéder au pied de la basilique (altitude 118 m) rue du Cardinal Dubois. Il a été décidé en 1891, ouvert en 1900, rénové en 1935 et depuis 1991 il est automatique.

En avant pour la visite. Pour commencer, prendre des forces pour l’ascension de la butte, rien de tel qu’un bon repas à la Bonne Franquette.

La Bonne Franquette

Plantée de vergers et semée de moulins à vent, la butte Montmartre devint le quartier ouvrier et populaire du XIXe siècle. Aujourd’hui Montmartre a conservé l’aspect d’un village aux rues pavées et aux maisons basses. Au 2 rue des Saules, ce restaurant était la guinguette « Les billards en Bois ». Il faisait face au Consulat.

Les clients comme les artistes peintes ou écrivains étaient les bienvenue et ne payait pas souvent. On peut citer Van Gogh, Diaz de la Pena, Paul Cézanne, Zola. On peut passer à table.

La basilique du Sacré-Cœur

La basilique du Sacré-Cœur, est une histoire de goût, mais depuis la fin de sa construction, ceux qui la critiquaient ne se comptent plus que sur les doigts d’une main (terminé en 1914).

Elle est due au plan de l’architecte Paul Abadie, vainqueur d’un concours parmi 75 projets en 1874. La construction commença par la pose de la première pierre le 16 juin 1875, inaugurée le 28 juin 1889, achevée en 1914 et consacrée après la Grande Guerre le 16 octobre 1919. Le financement a été fait sous la forme de souscription.

La construction de l’édifice a pour origine la dévotion de quelques catholiques fervents qui décidèrent par un « vœu national » de consacrer une église au Sacré-Cœur de Jésus. Origine remontant au XVIIe siècle, et après de nombreuses tentatives auprès des souverains de Louis XIV jusqu’à Louis XVIII, ce n’est que lors du conflit de 1870 que la décision fut prise. Approuvé par le Cardinal Guilbert (rue donnant sur le parvis côté gauche) et consacré en 1872, approuvé par le pape Pie IX en la même année, projet adopté par l’Assemblée nationale en juillet 1873, un concours fut organisé entre le 1er février et le 30 juin 1874 pour choisir l’architecte.

L’emplacement de la basilique était un lieu de pèlerinage très connu, pour le martyre de Saint Denis, fréquenté par Ignace de Loyola et François Xavier.

La basilique est orientée nord-sud, en direction du centre de Paris, contrairement à Saint-Pierre de Montmartre qui est orientée est-ouest comme toutes les églises.

C’est la seule église et l’une des rares en France à pratiquer l’adoration perpétuelle. Les fidèles se relaient pour prier devant le Saint-Sacrement, de jour comme de nuit, et ce depuis 1885.

Le dôme central mesure 83 m, on peut y accéder par un escalier de 330 marches pour admirer une vue panoramique exceptionnelle sur Paris.

Église Saint-Pierre de Montmartre

L’église Saint-Pierre de Montmartre est la seule église paroissiale de la butte.

C’est de cet endroit que Claude Chappe (1763-1805) fit en 1793 ses premières expériences de télégraphie aérienne dans une tour construite sous les voûtes de l’abside. Ce télégraphe fonctionna jusqu’en 1844.

Il est l’inventeur du sémaphore et fut le premier entrepreneur de télécommunication. Il développa son invention avec ses quatre frères. Les premiers essais eurent lieu en 1791 entre Paris et Lille.

Le carmel

Le carmel, fondé en 1928 pour assurer tout près de la basilique du Sacré-Cœur une présence de prière, se veut être un oasis de silence et de paix au sein de Paris.

Situé au pied du campanile de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, rue du Chevalier de la Barre, une vingtaine de sœurs y vivent.

La place du Tertre

Perché tout en haut de la butte avec ses moulins dont il ne reste plus que le fameux Moulin de la Galette transformé en salles de réceptions et séminaires un peu isolé du brouhaha, Montmartre n’est plus le village isolé qu’il était autrefois.

Mais il reste près de la place du Tertre encore des petites ruelles biscornues et des escaliers, ainsi que des réverbères, fontaines Wallace et des jardins et espaces de verdures.

Avec la Tour Eiffel et les Champs-Élysées, la place du Tertre est l’un des sites parisiens les plus visités par les touristes en mal de décor authentique.

La rue Norvins et la Folie Sandrin

La maison du docteur Blanche au 22 rue Norvins, en face de l’ancien réservoir de la rue Lepic. Cet édifice était une maison connue sous différents noms, la maison des Rochers, la Folie Sandrin ou Cendrin. Une folie était au XVIIIe siècle le nom donné aux maisons discrètes très à la mode où les seigneurs de l’époque se divertissaient.

Les cabarets de la butte

Pendant la Seconde Guerre mondiale, entre 1940 et 1944, la période occupée, la butte Montmartre était très appréciée. Chaque site touristique se plie aux us et coutumes des occupants qui vouent une véritable fascination pour ce quartier. Ils possédaient une multitude de cantines particulièrement prisées.

Le Tartempion

C’était le cabaret de Patachou (1918-2015), de son vrai nom Henriette Ragon.

Au 13 rue du Mont-Cenis en 1948, elle ouvre en annexe d’une boulangerie, un salon de thé, « Chez Patachou », et elle créé un restaurant avec un espace musical. Elle s’y produit avec succès et le restaurant est rebaptisé Cabaret Patachou. De nombreux artistes français y ont soit débuté ou fait des triomphes comme Jacques Brel, Edith Piaf, Charles Aznavour, Hughes Auffray, Claude Nougaro, Michel Sardou, Romuald, etc.

Son cabaret est devenu le restaurant Tartempion.

Les lieux mythiques

Le Bateau-Lavoir

C’est le lieu historique de la peinture à Montmartre.

Le Bateau-Lavoir est situé à l’angle des rues d’Orchampt, Ravignan et la place Émile Goudeau, était une bâtisse construite en guingois. Les peintres et les poètes qui y habitèrent au début du XXe siècle, lui donnèrent son nom de Bateau-Lavoir et la gloire. Parmi les habitants ou invités célèbres citons, Juan Gris, Van Dongen, André Salmon, Pierre Mac Orlan, Max Jacob, Picasso et Fernande Olivier, Guillaume Apollinaire, Marie Laurencin, Georges Braque, Marie Laurencin, Gertrude Stein, le Douanier Rousseau.

Le bâtiment actuel est une reconstitution car l’original a brulé en 1970.

Le Moulin de la Galette

C’était avant 1870 un moulin pour la farine dont la qualité permettait au propriétaire d’en faire des galettes de seigle très appréciées. Ce moulin ne servait pas qu’aux céréales, mais aussi à broyer le gypse des carrières de la butte. Les propriétaires, Debray, ouvrent un bal en 1870 où l’on servait la piquette des vins de la butte dans un saladier bourré de sucre. Toulouse-Lautrec a immortalisé le Bal du Moulin de la Galette, de son vrai nom le Bal Debray.

École Louise Michel

Louise Michel dirigea cette école en 1871.

La Vigne

La vigne de Montmartre dont le nom officiel est Clos-Montmartre est située entre la rue Saint-Vincent et la rue des Saules.

Au Lapin Agile

C’est le lieu historique de la poésie à Montmartre.

Lieu malfamé d’une guinguette avant 1860, connu sous le nom « Au rendez-vous des voleurs », racheté par un certain Salz, qui le restaura en faisant peindre des scènes de vie de célèbres meurtriers de l’époque, comme Lacenaire, il devint le Cabaret des Assassins.

En 1875 ou 1880 il demanda au caricaturiste André Gill (1840-1885) de lui peindre une enseigne représentant un lapin s’échappant d’une casserole.

Le cabaret est racheté par une ancienne danseuse du Moulin Rouge, la mère Adèle qui le transforme en caf’conc. 

Aristide Bruant s’y produisait et se porta acquéreur en 1903 et le renomma Lapin à Gill. Il fit fortune grâce aux célébrités qui le fréquentèrent. Citons Mac Orlan, Picasso, Utrillo, Dorgelès, Francis Carco, Apollinaire, etc. Le Lapin Agile est surtout connu pour le célèbre canular de 1910 de l’âne Lolo qui exécuta un tableau peint avec sa queue. Ce tableau fut exposé au Salon des indépendants sous le nom « Et le soleil s’endormit sur l’Adriatique » par Joachim-Raphael Boronali et remporta un grand succès et des acheteurs se ruèrent pour l’acquérir. Dorgelès dévoila la supercherie avec un constat d’huissier dans les grands quotidiens de l’époque.

George Brassens et Claude Nougaro y ont commencé leur carrière.

Aujourd’hui, il donne encore sa chance à de jeunes chanteurs.

André Gill

André Gill, citoyen et dessinateur engagé a participé aux luttes sociales de son temps. Il est confronté à la censure de ses caricatures qui lui valent de nombreux procès. Il pousse son engagement à se représenter en lui-même en ouvrier sur une toile « Le nouveau-né » (voir le tableau de la collection du Petit-Palais, Le nouveau-né de 1881). Il venait de perdre un enfant, et ébranlé par ce deuil et poursuivi par ses créanciers, il perdit la raison et finit ses jours à l’asile d’aliénés de Charenton en 1885.

Le nouveau-né par André Gill, huile sur toile (1881)

La Maison Rose

Suzanne Valadon, de son vrai nom Marie-Clémentine Valade née en 1865 à Limoges est une enfant naturelle abandonnée par sa mère. Après divers métiers comme blanchisseuse, trapéziste dans un cirque, elle finit par échouer à Montmartre comme modèle nue pour des artistes célèbres, dont Puvis de Chavannes (voir ses œuvres à La Sorbonne, au Panthéon, etc.), et Toulouse-Lautrec. De ces amours volages naîtra Maurice (Utrillo). Ce dernier la pousse à peindre, très douée, mais leur relation fut explosive. Son atelier était au 12 rue Cortot, qui est maintenant le Musée de Montmartre.

Le Moulin Rouge

A l’origine il s’agissait an 1850 d’un bal nommé le bal de la Reine Blanche, il prit son nom actuel en 1889 par le catalan Joseph Oller. Il est aussi l’inventeur du PMU. Son attraction principale était le quadrille naturiste que dansait les danseuses comme La Goulue, Rayon d’Or, Nini Patte-en-l’air, Grille d’égout et surtout Valentin le Désossé. Ensuite viendra une autre mode le French cancan en référence à la démarche des canards, et cette création sera rendue célèbre par le peintre albigeois Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901). Ce peintre a décrit la vie au Moulin Rouge et dans les autres cabarets comme Le lapin Agile d’Aristide Bruant, le Moulin de la Galette.

Un autre personnage célèbre a vécu au Moulin Rouge, il s’agit de Boris Vian, de 1953 à 1959. Il habitait en fait dans les loges du Moulin Rouge, au-dessus du Cabaret.

Le Montmartre d’Amélie Poulain

Le Montmartre d’Amélie Poulain se situe dans les rues du quartier Lepic-Abbesses.

Avenue Junot

Plusieurs belles demeures longent cette avenue.

Maison de Francisque Poulbot (1879-1946)

Affichiste et dessinateur, installé à Montmartre en 1914, très attaché à la vie des montmartrois, très patriote, il crée en 1920 avec ses amis le peintre André Willette, l’illustrateur Jean-Louis Forain et Maurice Neumont, la République de Montmartre. Il vient en aide aux enfants nécessiteux de Montmartre et ouvre un dispensaire rue Lepic. Il habitait au 13 de l’avenue et est inhumé au cimetière de Montmartre. Le néologisme poulbot a été créé en référence à ses caricatures des titis parisiens.

Maison de Tristan Tzara (1896-1963)

Poète et essayiste roumain, de son vrai nom Samuel Rosenstock, est l’un des fondateurs du mouvement Dada. Arrivé à Paris en 1920 chez le peintre Picabia, il fait la connaissance d’André Breton, Philippe Soupault et Louis Aragon. Il a vécu au 15 avenue Junot, dans une maison construite en 1926 par l’architecte autrichien Adolf Loos (1870-1933) , son unique réalisation française, pour lui-même et son épouse suédoise la peintre Greta Knudson.

Ciné 13 Théâtre, la belle histoire

Pour les besoins du film Édith et Marcel, Claude Lelouch fait construire en 1983 , le Ciné 13. Le film est sorti le jour de la naissance de sa fille Salomé (25 juin 1984).

Situé au cœur de la butte Montmartre et adossé au Moulin de la Galette, cet édifice très Art Déco se trouve au croisement de la très chic avenue Junot et de la rue Girardon.

La Place Marcel Aymé

Le Passe-muraille est un recueil de nouvelles paru en 1943 écrit par Marcel Aymé. Il habitait sur cette place au numéro 26. Il avait comme voisin et ami Jean Marais, qui sculptera à sa mort un Passe-muraille pour lui rendre hommage.

Impasse Girardon

Cette impasse est longée de maisons dans un style très british.

La Place Dalida et l’allée des Brouillards

Le château des Brouillards est une construction du 18e siècle (1772) pour le marquis Lefranc de Pompignan. Gérard de Nerval y habitat. Comme il séjourna (car il promenait en laisse un homard vivant dans les jardins du Palais Royal) aussi à la Folie Sandin ou Cendrin qui était un établissement de soins pour malades mentaux (1820-1845) tenu par le docteur Esprit Sylvestre Blanche (rue de Norvins). Il a été restauré et blanchi.

Auguste Renoir y vécut et son fils Jean est né dans cette endroit. Le comédien Jean-Pierre Aumont a vécu aussi dans cette allée.

L’allée démarre sur la place Dalida et se termine sur la place des Quatre Frères Casadesus.

La place des Quatre Frères Casadesus rend hommage aux 4 frères qui se sont distingués dans la musique, Francis (1870-1954) compositeur et chef d’orchestre, Robert (1878-1940) compositeur d’opérettes, Henri (1879-1947) virtuose de l’alto et de la viole d’amour et enfin Marcel violoncelliste mort au champ d’honneur le 10 octobre 1914.

Cette famille d’artiste dont l’origine est catalane (Figueras), compte nombre d’artistes.

Gisèle Casadesus, la fille de Henri, est née en 1914 (102 ans à ce jour).

Cette place faisait partie de la rue Simon Dereure avant 1973. Louis Simon Dereure (1838-1900), cordonnier était une personnalité de la Commune de Paris, élu maire adjoint du 18e arrondissement en novembre 1870 au côté de Georges Clemenceau, maire de Montmartre. Il a combattu sur les barricades pendant la semaine sanglante de la Commune. Condamné à mort il parvient à s’échapper en Suisse puis s’établit à New-York. Revenu en France en 1880, il échoue à devenir député et reste cordonnier.

La rue de l’Abreuvoir

Au 19, une cuvette pavée en contrebas de la balustrade était un abreuvoir où les bêtes (chevaux, ânes, vaches, moutons…) venaient le soir se désaltérer et prendre un bain de sabots après le dur labeur.

Le square Suzanne Buisson

Au bout de l’impasse, précédemment nommée impasse Saint-Denis, se trouvait une fontaine portant aussi le nom de Saint-Denis qui était un lieu de pèlerinage. La fontaine a disparu en 1810, engloutie par une carrière de plâtre. On prétend que Saint-Denis portant sa tête y serait venu pour la laver (sa tête) avant de poursuivre son chemin vers la banlieue. Derrière l’impasse se trouve le square Suzanne Buisson avec une stèle de Saint-Denis portant sa tête. L’eau de la fontaine qui avait le pouvoir de guérir des fièvres du martyr, était un lieu de pèlerinage mais aussi celui de garantir aux époux la fidélité de leurs femmes, « Jeune fille qui a bu l’eau de la fontaine Saint Denis reste fidèle à son mari ».